STABILITÉ – En revenir à la violence?

Question 6: Par quels moyens et méthodes vos programmes réduisent-ils la violence?

  • La plupart des organisations ne sont pas convaincues que leurs programmes résolvent et traitent la violence.
  • Malgré les problèmes prépondérants auxquels la jeunesse fait face, la majorité des jeunes évitent les moyens de subsistances de nature violentes.
  • Malgré les problèmes prépondérants auxquels la jeunesse fait face, la majorité des jeunes évitent la violence pour gagner leur vie.

Les programmes d’opportunités économiques de la jeunesse dans les situations de fragilité revendiquent contribuer à la paix et la stabilité. Cependant, maintes organisations peinent à démontrer des vrais impacts qui consolident la paix. Vous faut-il plus de clarté sur la terminologie utilisée ? Consultez notre glossaire.

Par où commencer ?

Une première étape est de définir les manières dont votre programme influence les dynamiques de conflit et de violence. La seconde étape est de revenir à la source de ces processus de façon plus systématique, mais de ne s’attendre, au mieux, que de confirmations partielles.

Nous pouvons distinguer trois options principales pour l’élaboration de programme, si votre aboutissement désiré est un impact direct sur la paix et le conflit : mettre l’accent sur « la jeunesse à risque », la réduction d’inégalités et d’exclusion, ou la transformation des conflits.

Que démontre notre expérience ?

En adhérant à la notion de « l’emploi pour la stabilité », nombreuses ONG focalisent sur la jeunesse à risque, tel que les ex-combattants, et visent à les convaincre à des moyens de subsistance de nature non-violente. Cette approche pourrait « sécuriser » la jeunesse – en d’autres mots, les libeller comme enjeux à la sécurité – au lieu de leur offrir des moyens de subsistance sûrs. D’autres organisations trouvent cette approche limitante et se tournent vers d’autres alternatives.

Nombreux programmes travaillent sur le développement économique inclusif comme moyen de transformer les causes de fond à la fragilité. Une telle approche pourrait peut-être réduire les inégalités économiques, sociales et politiques, et combattre les frustrations que ces inégalités génèrent.

Les interventions favorisant l’opportunité économique pourraient cibler la transformation de conflits locaux. Les organisations estiment que, en donnant un objectif commun aux jeunes, et en les incluant dans les décisions de pouvoir, cela diffuserait les sources de tensions locales. Les jeunes ne sont pas seulement motivés par des incitations économiques, mais sont aussi dans le besoin de reconnaissance sociale et de respect.

Les jeunes ne sont pas seulement motivés par des incitations économiques, mais sont aussi dans le besoin de reconnaissance sociale et de respect.

Bien qu’il existe des arguments théoriques solides soutenant ces stratégies, il ne reste pas moins qu’il soit très difficile pour les ONG de mesurer leur influence  sur la paix et les conflits, par le biais de leurs interventions.

Il est intéressant de noter que, malgré les frustrations qu’expérience la jeunesse, notre étude démontre que les jeunes ne se tournent pas généralement à la violence. Le vrai défi est donc peut-être de savoir comment préserver leur dignité, leur cohésion et leur espoir.

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Plus de résultats de notre recherche

Fondamentalement, les interventions favorisant l’opportunité économique dans les situations de fragilité ont pour objectifs de contribuer à la paix et la stabilité. Les méthodes afin d’y parvenir restent pourtant ambiguës. Les organisations participant à notre étude ont témoigné qu’elles ne se sentaient pas convaincues de leurs hypothèses et avaient des difficultés à démontrer des résultats tangibles.

Les coûts d’opportunité de la violence

La notion que les jeunes hommes dans les situations de fragilité aient besoin d’emploi afin de rester à l’écart de la violence est une notion importante et omniprésente dans les programmes d’ONG. Cependant, comme nous avons démontré, nombreuses organisations concentrent leurs recherches au-delà des « emplois » et au delà des « hommes ».

Une notion principale de « l’emploi pour la stabilité » est celle « des coûts d’opportunité de la violence ». Citation de cette étude de la Banque Mondiale, 2001 par Collier et Hoeffler (en anglais) Cela signifie que l’individu se tourne vers la violence s’il n’a que peu à perdre, et que le comportement violent, l’activité criminelle, le banditisme, ou s’engager dans la milice, leurs sont des options attrayantes.

La jeunesse à risque

Cette logique inspire les programmes à cibler « la jeunesse à risque », en espérant leur offrir des alternatives de nature non violente qui soient suffisamment attrayantes pour les garder à distance de la violence. Les catégories à risque comprennent les ex-combattants, mais aussi la jeunesse politiquement militante, et dans certains cas, des jeunes éduqués des zones urbaines avec un haut niveau de frustration dû à leur manque d’opportunités.

Notre étude démontre que les jeunes, les responsables et le personnel des ONG reconnaissent le risque des jeunes hommes à se tourner vers la violence s’ils n’ont pas de sources de revenus. Ils soulignent aussi que les jeunes s’engagent dans la violence en fonction de la frustration, le trauma, la manipulation et les normes sociales.

Au-delà « des coûts d’opportunité »

 

Le comportement des jeunes n’est pas seulement défini par la nécessité à satisfaire leurs besoins matériels immédiats. Les jeunes cherchent aussi la reconnaissance et le respect, pour eux-mêmes mais aussi pour les individus auxquels ils s’identifient. Pour cela, il est important de comprendre la dépossession d’opportunités qu’ils vivent relative à leur entourage, et les effets de l’inégalité horizontale qui est liée à leurs témoignages des ce qui se passe au sein de leur groupe. Voir le pack de lectures suggérées de GSDRC, par Cramer (2015): Jobs, Unemployment and Violence (en anglais) D’après des personnes interrogées au Burundi, les jeunes éduqués des zones urbaines composent les effectifs des groupes rebelles. Ils sont frustrés de leur manque d’opportunités qu’ils estiment leur est dû, et non pas par une incapacité à subsister. La pression sociale contribue à cette frustration car leurs familles dépendent de leur succès. Au Soudan du Sud, certains individus participant à une formation vocationnelle pour bénéficier d’opportunités au-delà de l’élevage de bétail gardent des armes, principalement dû à la pression sociale. Ils estiment qu’on attend d’eux de pouvoir aider à la défense du bétail familial, et de potentiellement aider à piller le bétail d’autrui (acte de vengeance, par exemple).

La réduction de l’inégalité et de l’exclusion

Les programmes d’ONG dans notre étude intègrent différentes approches sur les liens entre opportunités économiques et la violence. Bien que nous ayons constaté une variété d’angles pour aborder cette thématique, deux approches se démarquent. Une est de réduire l’inégalité et l’exclusion par le biais de développement économique inclusif. L’autre est de travailler directement sur les dynamiques locales des conflits.

Le développement économique inclusif peut potentiellement combattre les causes structurelles de la fragilité et l’instabilité. En offrant de vrais prospects d’avenir économiques à plus d’individus, les sources de frustrations pourraient être traitées. Cette approche nécessite à faire en sorte que les opportunités économiques ne soient pas que favorables à un groupe seulement, mais que celles-ci égalisent les possibilités pour tous.

La transformation des conflits locaux

Les ONG maîtrisent le travail sur la transformation de conflits locaux.Ce travail consiste à encourager la cohésion sociale, à transformer les relations de conflit et à promouvoir l’inclusion des groupes marginalisés, notamment les jeunes. Sur un niveau local se trouvent des processus complexes et variés ; certains cultivent la paix, et d’autres le conflit. Les ONG visent à soutenir et renforcer les individus et processus qui travaillent pour la paix. Il est possible de mesurer ceci en utilisant des instruments, tel que les indices de paix pour la communauté que certaines organisations emploient à leur travail. Cependant, il reste difficile d’attribuer des effets profonds aux efforts d’ONG dans ces situations si complexes.

Observations finales

La narrative de « l’emploi pour la stabilité » met la jeunesse à risque d’être « sécurisée» sans leur offrir d’avenir sûr. Cette narrative omet de reconnaître les manières dont les jeunes sont aussi participants à des initiatives de paix. Il est important de comprendre comment les jeunes arrivent à ces initiatives pacifiques, malgré les difficultés qu’ils affrontent, et comment les jeunes s’inspirent mutuellement.

Un membre du personnel d’une ONG à Bujumbura suggère: « Pourquoi parler de la jeunesse au chômage comme si eux étaient le problème ? Ne prétendons pas qu’ils soient la cause de la situation dans laquelle nous nous trouvons maintenant ! »