LES JEUNES – Savez-vous ce qu’ils veulent?

Question 3: Savez-vous ce que les jeunes nécessitent et cherchent afin de devenir des agents économiques efficaces?

  • Les jeunes hommes et femmes souffrent d’une absence de perspectives économiques, qu’ils attribuent à différentes formes d’exclusion.
  • La plupart des jeunes préfèrent les emplois salariés (classe sociale « col blanc »), mais savent qu’ils devront se contenter de moins.
  • Les jeunes sont inquiets d’être perçu comme « fainéants ».

Les jeunes hommes et femmes en situations de fragilité cherchent à avancer, mais se sentent extrêmement limités dans leurs possibilités de progrès. Que savez-vous des besoins, ambitions et expériences des jeunes dans les différents contextes dans lesquels vous travaillez ? Que savez-vous de leurs efforts pour aller de l’avant ? Vous faut-il plus de clarté sur la terminologie utilisée ? Consultez notre glossaire.

Par où commencer?

Commencez par comprendre que les jeunes en situations de fragilité essaient de se créer des perspectives, mais font face à des obstacles. Les jeunes ne sont pas le problème ; ils ont un problème, et malheureusement probablement plus d’un. L’élaboration de programmes d’ONG peut résoudre certains de ces problèmes dont les jeunes font face.

Que démontre notre expérience?

À travers différents contextes, nous avons appris que les jeunes valorisent les professions de bureau (classe social « col blancs »), plus particulièrement dans le secteur public. Ces professions engendrent une sécurité économique et un statut social. Cependant, ils sont bien conscients que les chances d’obtenir ces postes sont très faibles ; et plus probablement ils devront se contenter de travail non-salariée et autonome dans l’agriculture, petits commerces ou petites affaires. Dans la plupart des cas, les jeunes s’engagent dans une combinaison des ces activités.

Les jeunes en situations de fragilité font face à divers obstacles. Les marchés sont limités et saturés, l’insécurité limite les possibilités de commerce et d’éducation, et les opportunités ne se présentent qu’aux personnes avec des bonnes relations et contacts. La jeunesse urbaine et éduquée est frustrée par le manque d’opportunités d’emplois en dehors de l’agriculture. Les femmes en particulier se sentent limitées par les normes culturelles, et les hommes se sentent critiqués d’être « fainéants » et un encombrement pour leur familles et communautés.

La jeunesse urbaine et éduquée est frustrée par le manque d’opportunités d’emplois en dehors de l’agriculture.

Malgré les frustrations, la plupart des jeunes hommes et femmes essaient de parvenir à une existence économique décente. Ils comprennent comment leurs paires dérivent vers des comportement destructifs, tels que la consommation d’alcool, consommation et vente de drogues, prostitution, appartenir à des gangs et milices ; mais cherchent à éviter ces parcours. Ils essaient aussi de se regrouper pour se créer de meilleures opportunités.

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Plus de résultats de notre recherche

La hiérarchie des emplois

Les jeunes en situation de fragilité veulent progresser socialement mais aussi économiquement. Notre étude a trouvé que les désirs de la jeunesse forme une hiérarchie, avec des variations à travers les contextes.

En haut de la hiérarchie se trouve les professions de bureau (classe social  « col blanc ») dans le secteur public, tel que l’administration locale. Travailler pour une ONG n’est pas souvent mentionné, mais est hautement respecté. Les postes dans le service privé ne sont pas particulièrement bien considérés, car les grandes compagnies sont très souvent absentes des situations de fragilité, ou alors n’offrent pas de salaires attrayants. Par conséquent, le travail non-salarié devient une alternative plus viable, même si certaines activités sont mieux valorisées que d’autres. En effet, le travail autonome couvre de nombreuses activités, tels que ouvrir un petit commerce de boulangerie qui comble un créneau dans le marché local, ou vendre des savons avec un bénéfice minime. La main d’œuvre ouvrière occasionnelle est considérée comme la profession la moins bien valorisée.

L’agriculture

L’intérêt dans l’agriculture varie parmi les jeunes. Les jeunes de zones urbaines et jeunes diplômés généralement rejettent les professions dans l’agriculture, mais les jeunes dans les zones plus rurales et les jeunes moins instruits les valorisent parfois. Ceci résulte des normes et attentes culturelles, mais aussi de cas particuliers de réussite. Dans un séminaire à Bujumbura, par exemple, les jeunes de Cibitoke se sont intéressés plus particulièrement aux activités rémunératrices dans l’agriculture, tels que la production de riz ou de fruits.

Statut social

Notre étude montre que les jeunes valorisent les opportunités rémunératrices au-delà du gain économique. Dans l’ensemble, les professions de bureau amènent un statut social considérable. Certains de ces emplois ne sont pas particulièrement bien rémunérés, mais ils apportent d’autres bénéfices et un certain pouvoir. Par exemple, la capacité à aider d’offrir des postes, pour repayer des faveurs accordées à ceux qui leur ont aidé pour leur éducation.

Dans certains cas, les jeunes diplômés choisissent de ne pas s’engager dans des activités économiquement viables qu’ils considèrent inférieurs à leurs compétences. « Le problèmes avec la plupart des jeunes est que nous voulons des professions de bureau… Il est courant de trouver un jeune diplômé en agriculture chercheur d’emploi, sachant qu’il a les compétences de s’embaucher lui-même… de cultiver et de gagner un salaire de sa production » [jeune homme, Wulu, Soudan du Sud].

Il se trouve aussi une pression sociale apparente sur la jeunesse. Les familles investissent dans l’éducation de leurs enfants, et espèrent des récompenses. Les jeunes se sentent stigmatisés et se voient étiquetés comme « fainéants ».

« L’oisiveté est la mère de tous les vices »

Notre étude montre que ces critiques et étiquettes envers les jeunes sont répandues, au Burundi ainsi qu’au Soudan du Sud. Ces opinions étaient aussi présentes parmi le personnel des ONG, y compris ceux qui devaient travailler avec la jeunesse. La stigmatisation est une des raisons pour lesquelles les jeunes sont prêts à tout pour participer à des activités, quelque soit les gains, mais aussi une raison pour lesquelles il est difficile d’échapper à l’étiquette de fainéant qui leur est accordée.

L’exclusion

Les jeunes font face à de multiples formes d’exclusion qui se renforcent mutuellement, sur la base d’ethnicité, d’affiliation politique, de leur sexe, ou simplement d’avoir de bons contacts. L’exclusion politique est souvent mentionnée au Burundi, où celle-ci est perçue comme manière de bloquer l’accès des jeunes diplômés de zones urbaines aux postes de bureau et à la classe social « col blanc ».

Que font les jeunes ?

Face à cette réalité, beaucoup de jeunes se lancent dans le travail autonome. « Mon frère a fini ses études il y a 10 ans et il est toujours à la recherche d’un poste. Entre temps, il a ouvert son salon de coiffure » [jeune femme, Kinama, Burundi]. « Les jeunes sont prêts à entreprendre toutes sortes de métiers, mais le grand défi reste le moyen de commencer les activités qui demandent un investissement préalable » [jeune homme, Mutimbuzi, Burundi].

C’est dans ce contexte précis que les programmes d’ONG sont pertinents. Ces programmes pourraient résoudre certains de ces problèmes, tels que les lacunes de formations et d’accès au capital.

L’auto-organisation

Beaucoup de jeunes ont mentionné avoir recours à la faculté de s’organiser (l’auto-organisation) afin d’améliorer leurs situations. En tant que groupe, il est plus facile pour eux d’avoir accès au financement d’ONG. Toutefois, les jeunes en groupes organisés peuvent être vite considérés comme une menace. Au Burundi, des rassemblements de jeunes sont nommés « ligalas », qui est un terme à connotation péjorative. Une personne raconte : « Ils passent leurs temps dans les ligalas, et causent des ennuis, tel que le vol » [jeune femme, Rugombo, Burundi]. Notre étude démontre que les autorités locales avaient elles aussi une perspective négative envers les groupes organisés de jeunes et ont influencé ces associations, même si elles étaient établies dans le cadre de programmes d’ONG. Au Soudan du Sud, les chercheurs et partenaires ont pris la décision de ne pas organiser de séminaire (de groupes), au cas où les autorités ne le permettraient pas.