CONTRAINTES – Hors de votre contrôle?

Question 5: Comment gérez-vous les facteurs qui limitent les possibilités économiques des jeunes?

  • L’exclusion politique est un obstacle principal.
  • Les ONG reconnaissent les facteurs contraignants, mais peinent à susciter un changement systémique.
  • Les autorités locales ont tendance à déléguer aux ONG les responsabilités d’opportunité pour les jeunes.

Pour renforcer les ambitions économiques des jeunes, il ne sert pas juste de focaliser sur les ressources et leurs compétences ; mais aussi d’aborder l’environnement social, économique et politique de l’individu. Vous faut-il plus de clarté sur la terminologie utilisée ? Consultez notre glossaire.

Par où commercer?

Reconnaître les limites des objectifs de votre programme ; des limites qui découlent de la fragilité économique et politique. Bien que les ONG cherchent à créer un « environnement propice », la plupart ne parviennent pas à un changement au niveau systémique.

Que démontre notre expérience?

Dans une certaine mesure, les ONG abordent les contraintes économiques, politiques et sociales dans leurs programmes. Une option est de travailler sur la sensibilisation des jeunes à ces contraintes en question, quoique cette méthode ne les résout pas. Une autre option est de mettre l’accent sur le plaidoyer (concernant la législation économique par exemple), mais ce qu’il en résulte risque de prendre du temps à se concrétiser.

Un enjeu contentieux est la manière d’aborder les contraintes politiques. Les autorités locales se contentent de reléguer la tâche de création d’emplois aux ONG. Certaines organisations collaborent avec les responsables locaux pour promouvoir l’intérêt de travailler avec la jeunesse. D’autres, par contre, préfèrent se garder à distance pour ne pas légitimer la « mauvaise gouvernance ».

L’exclusion politique et le favoritisme est un problème souvent souligné par les jeunes et les agences ; mais est-ce des obstacles que les ONG peuvent résoudre ? Les organisations n’abordent que rarement le problème de l’exclusion politique au-delà du niveau local. Là où des organisations forment les jeunes à résister à la manipulation politique, elles n’abordent malheureusement pas la cause du problème : les manipulateurs eux-mêmes.

Là où des organisations forment les jeunes à résister à la manipulation politique, elles n’abordent malheureusement pas la cause du problème: les manipulateurs eux-mêmes.

Les organisations découvrent des facteurs culturels favorables et contraignants. Des moyens de subsistance de nature violente (tel que le vol de bétail) se voient souvent être accordés un statut social prestigieux, et les organisations n’arrivent pas présenter des alternatives aussi attrayantes aux jeunes. Les organisations cherchent aussi à changer les normes culturelles autour de l’égalité et la parité des sexes, afin de permettre aux femmes de bénéficier d’opportunité génératrices de revenus.

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Plus de résultats de notre recherche

Nos discussions avec les différentes ONG révèlent leurs inquiétudes et les obstacles auxquels elles font face. Elles se demandent : « Comment [pouvons nous] aboutir à un changement systémique ? » et « comment [devons nous] gérer les facteurs de société autour de la jeunesse ? » Ces facteurs ne sont pas juste économiques, mais aussi politiques et sociaux.

Le défi de l’exclusion sociale

Dans notre étude, les jeunes du Burundi et Soudan du Sud identifient l’exclusion politique comme un obstacle majeur aux opportunités économiques. Nombreux jeunes hommes témoignent qu’il ne leur est pas possible d’accéder à certains postes, car ceux-ci sont « réservés » à ceux qui restent loyaux aux personnes en position de pouvoir. Ceci explique les manières et les raisons pour lesquelles les politiciens manipulent les jeunes. «  Les jeunes hommes sont attirés à des mouvements politiques qui leur donnent espoir à un emploi, mais la plupart sont formé dans la violence politique et se mettent à risque d’être emprisonnés, ou de perdre leurs vies » [jeune femme, Citiboke, Burundi].

Les ONG reconnaissent ces problèmes, mais sont dans des positions difficiles de les aborder. Les organisations sont dépendantes des permissions des autorités afin de fonctionner, et prendre un tel angle politique pourrait compromettre leur « permis social d’exploitation ». Une approche intéressante à tels obstacles (venant d’un des membres du consortium) est de focaliser sur la sensibilisation des jeunes à la manipulation politique, avec pour but, de les rendre moins vulnérables.

Les responsables locaux

 

Notre étude démontre que les responsables locaux, en majorité les autorités locales et les fonctionnaires, et aussi les dirigeants religieux, reconnaissent l’exclusion, mais minimisent l’ampleur du problème. Au Burundi, les responsables estiment que les ONG n’ont aucunes affaires avec ces questions sensibles, à l’exception de l’exclusion liée à l’inégalité des sexes. Durant un séminaire, les responsables locaux ont affirmé qu’ils considéraient que le rôle des ONG est de fournir un service auquel il leur manque l’expertise et les ressources. Ils ont aussi insisté que les activités d’ONG doivent s’aligner avec leurs préférences ; et que bien trop souvent celles-ci manquent de susciter des effets durables à cause d’un manque de coordination avec les autorités locales. « Quelles sont les causes de l’échec d’un projet ? Quand une ONG se présente sans collaboration avec les autorités. Dans ce cas, il n’y a pas de liens entre l’ONG et responsables locaux. Parfois, il n’y a contact qu’entre les ONG et les bénéficiaires directement ; mais lorsque cette ONG part, les bénéficiaires n’ont aucun liens avec les autorités ou autres » [fonctionnaire, Buganda, Burundi].

Les organisations participant à notre étude ont des approches différentes sur comment aborder ce problème. Certaines travaillent directement avec les responsables locaux, particulièrement les autorités gouvernementales, pour promouvoir la redevabilité et la gouvernance inclusive. D’autres trouvent cette approche problématique, et estiment que travailler en « collaboration » avec des autorités corrompues ne fait que légitimer la mauvaise pratique, et ainsi, ne fait qu’accentuer les problèmes d’exclusion et de favoritisme. De plus, les donateurs qui financent les ONG peuvent aussi exiger la restriction d’acteurs qu’ils estiment corrompus. Une des organisations participantes se fraye un chemin à travers cette situation complexe en incluant les autorités locales sur un plan personnel, et non pas dans leurs rôles officiels.

Le changement culturel

 

Les organisations dans notre étude démontrent que les normes et pratiques culturelles sont pertinentes à leurs programmes. La plupart travaillent sur l’égalité des sexes. L’égalité des sexes est un thème hautement sensible dans tous les contextes étudiés, et en mettant l’accent sur les activités génératrices de revenus, cela pourrait être un point de départ anodin pour des résultats aboutissant à l’équité des sexes. Outre l’aide apportée aux femmes en développant des opportunités économiques, les ONG essayent d’influencer les normes de genre. Au Burundi par exemple, la formation vocationnelle a permis à quelques femmes de travailler en tant que maçon, un métier autrement réservé aux hommes.

Au Soudan du Sud, les normes de genre empêchent les femmes de continuer leurs études et de participer à des activités génératrices de revus. Certaines personnes interrogées expliquent que leurs familles privilégient le mariage. Les jeunes filles représentent une richesse future (souvent la seule source) pour la famille concernée, car la dot est payée en bétail. Au Soudan du Sud, les personnes sondées font allusion à la dot comme une richesse ou un bien que les familles de la mariée reçoivent. Les jeunes filles sont gardées à la maison, pour ne pas être « ruinées » et ainsi « perdre leur valeur ». Les frères dépendent des dots de leurs sœurs, car il leur faut du bétail pour se marier eux aussi.

Certains de nos programmes mettent l’accent sur les perceptions locales de masculinité. À Rumbek au Soudan du Sud par exemple, les jeunes hommes doivent participer dans des vols de bétails pour le bien de leurs familles et de leur futur propre, ce qui perpétue ce cycle de violence et d’insécurité. Une des organisations participant à l’étude a entrepris un programme pilote qui encourageait un groupe de jeunes hommes à discuter des normes sociales autour du sujet de la masculinité, et comment ces normes se lient au conflit.